Fri, 03 Feb 2023

Leurs excellents resultats et l'accès des Lions de l'Atlas aux demi-finales de la dernière Coupe du monde au Qatar, en decembre, ont ete suivis par la population marocaine au pays mais aussi par toute la diaspora (en particulier en France où parmi la population immigree, le contingent marocain est le plus important), ainsi que par l'ensemble de l'Afrique et du monde arabe.

La qualite du jeu deploye par l'equipe sous la conduite de son selectionneurWalid Regragui, ainsi que le dynamisme, l'enthousiasme et la mentalite des joueurs ont seduit l'ensemble des spectateurs, des telespectateurs et des observateurs.

D'ailleurs, l'accueil delirant offert par la population marocaine à l'ensemble de la delegation lors du retour au pays montre le degre de plaisir et de bonheur donne à celle-ci. Mais, d'un tel parcours dans la competition la plus prestigieuse du sport le plus populaire dans le monde, que peuvent en retirer diplomatiquement les autorites marocaines ?

Selon le diplomate britannique Sir Ernest Mason Satow (1843-1929), la diplomatie est

Recours au soft power

Plus recemment, l'ancien sous-secretaire americain à la Defense, Joseph Nye (2004), oppose le hard power au soft power qui est l'habilete à obtenir ce qu'un Etat veut par le biais de l'attractivite plutot que la coercition ou des paiements. Cela advient par l'attraction que constitue la culture d'un pays, ses ideaux politiques et les actions politiques developpees.

Lorsque les actions politiques sont percues comme legitimes par les autres, le soft power s'accroît. De ce point de vue, le sport - et l'exemple du Qatar le met en evidence - est devenu un outil de soft power dans les relations diplomatiques entre Etats. Comme le souligne le geopoliticien Pascal Boniface, "le sport rend la puissance sympathique et populaire. L'etalage de la puissance militaire fait peur, elle peut provoquer le rejet. Pas la victoire d'un sportif".

Il est evident que les autorites marocaines vont capitaliser sur ce parcours remarquable des Lions de l'Atlas.

Pour sa part, l'ancien diplomate americain Hans N. Tuch (1990) precisait que la diplomatie publique constitue le "processus de communication d'un gouvernement avec un public etranger visant à une bonne comprehension, non seulement des idees et ideaux nationaux, mais aussi des institutions, de la culture, des interêts nationaux ou encore de la politique actuelle".

Cette forme a ete developpee dans les annees 1960 aux Etats-Unis, à l'epoque de la Guerre froide. Elle a ete precisee comme etant un "processus de communication de l'Etat avec l'opinion publique etrangère".

L'objectif est simple et clair à la fois :

Le principal objectif de la diplomatie publique est de former une reputation. Chaque pays a cependant, en fonction de son histoire, de sa taille ou de son potentiel diplomatique un besoin propre de se presenter et utilise pour cela differentes strategies.

'Diplomatie footballistique'

L'une d'entre elles renvoie au concept de diplomatie sportive, laquelle designe l'utilisation strategique du sport pour atteindre des objectifs dans le domaine des relations exterieures. Elle vise notamment à rendre un pays, ses habitants et sa culture plus attractifs auprès des pays tiers en entretenant des liens entre les populations au moyen d'initiatives citoyennes. Elle mobilise un eventail d'acteurs plus large que les diplomates et les personnalites politiques, notamment des sportifs amateurs et professionnels, des organisations sportives et des acteurs de la societe civile.

Comme le precise Moncef El Yazghi, chercheur en politique du sport, à propos du Maroc:

Il y a un modèle de developpement du football inspire de la France, mis en place par le roi il y a une dizaine d'annees, qui porte ses fruits. Ce modèle qui est l'Academie Mohamed VI est copie sur ce qui a ete fait avec le Centre national du football de Clairefontaine. Il s'appuie sur de nombreux formateurs et constitue le projet de formation le mieux structure d'Afrique, avec des installations en termes d'infrastructures de très grande qualite.

Leadership international

Depuis l'arrivee au pouvoir du nouveau president de la Federation royale marocaine de football, Fouzi Lekjaa, le football a ete defini comme un levier d'influence et de lobbying pour assurer son leadership africain et international.

Le Maroc a ainsi manifeste son interêt pour accueillir la Coupe du monde. Après quatre echecs (en 1994, 1998, 2006 et 2010), sa candidature pour 2026 n'a pas ete retenue par la FIFA face au projet conjoint Etats-Unis-Canada-Mexique. Il a noue des partenariats avec de nombreuses federation africaines, principalement subsahariennes (au nombre de 44 en 2021) et accueilli sur son territoire les matches des federations dont les stades ne sont pas homologues.

Le Maroc a egalement accompagne la realisation d'infrastructures sportives, la formation des cadres, l'accueil de stages pour des selections nationales, la formation des arbitres et l'organisation de matchs amicaux.

Ainsi, d'après un dirigeant d'une federation ouest-africaine, « le Maroc veut être le leader du football africain et il n'est pas loin de l'être. C'est devenu un acteur incontournable. Sa politique de diplomatie a un coût, mais c'est aussi un investissement. Les Marocains savent très bien ce qu'ils font. ». Ainsi, pour 2022, le budget des sports etait de 2,1322 milliards de dirhams (soit 203 M€), soit 0,41 % du Projet de loi de finances du Royaume pour la même annee ce qui est le double de la France.

Faouzi Lekjaa, qui siège au sein du comite executif de la Confederation africaine de football ainsi qu'au conseil de la FIFA est, comme le precise Moncef El Yazghi, egalement "le directeur du budget de l'Etat et il a la confiance du roi pour mener à bien ce projet".

Cet effort global passe aussi par l'organisation des finales de la Coupe de la CAF (Rabat, 2020) et de la Ligue des Champions (Casablanca, 2021 et 2022), mais aussi l'accueil à Tanger du Trophee des Champions francais en 2017 ou de la Supercoupe d'Espagne en 2018. Sans negliger le fait que les clubs marocains tiennent dorenavant la dragee haute aux grands d'Egypte (Al Ahly ou Zamalek), le Raja remportant la Coupe de la CAF 2018 et 2021) de même que le RS Berkane (2020 et 2022), le Wydad gagnant par deux fous le Ligue des Champions (2017 et 2022).

En conclusion, reprenons ce que disait le geopoliticien du sport Jean-Baptiste Guegan :

C'est bien ce à quoi œuvre le Maroc avec le football.

Author: Michel Raspaud - Professeur des Universits, Universit Grenoble Alpes (UGA) The Conversation

More Middle East News

Access More

Sign up for Middle East News

a daily newsletter full of things to discuss over drinks.and the great thing is that it's on the house!